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Message spécial du Président Maurice KAMTO aux Forces de Défense et de Sécurité à l'occasion de la fête nationale du 20 mai 2021

Soldats, Sous-Officiers, Officiers, Officiers Généraux,

Mesdames, Messieurs du personnel civil des Forces de Défense,

Mesdames, Messieurs les membres des Forces de Sécurité,
 
La fête du 20 mai est la fête de l'Unité de la Nation. Qu’est-ce qu’une Nation ? Une Nation est une population réunie par l’histoire dont la volonté de vivre et de construire ensemble un destin commun en fait un peuple; c’est également un territoire défini par des frontières; c’est aussi un drapeau et un chant de rassemblement qu’on appelle l’hymne national. Par-delà les gouvernements, les communautés les organisations politiques, il existe un corps de métier qui est à la fois le creuset et le ciment de la Nation: c’est l’Armée nationale et plus largement les Forces de défense et de sécurité. C’est l’Armée, certes sous l’autorité intangible du pouvoir civil, qui protège le peuple avec lequel elle fait corps; c’est elle qui défend les frontières de la Nation et donc l’intégrité du territoire; c’est elle qui verse son sang pour le drapeau en chantant l’hymne national, ce grand chant de ralliement et de dévotion. C'est pourquoi il m’a paru important de m’adresser spécialement à l’armée camerounaise, notre armée, et plus globalement aux forces de défense et de sécurité, à l’occasion de cette 49e édition de la fête de l’Unité nationale qui intervient dans un contexte particulier.

En effet, le Cameroun connaît depuis 2014 une succession de crises sécuritaires multiformes : les incursions répétées de la secte Boko Haram dans la Région de l'Extrême-Nord; les multiples attaques aux frontières avec la RCA; et depuis quatre ans maintenant, la guerre civile fratricide qui ravage les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Cette insécurité, devenue chronique, qui a rendu inaudible la propagande officielle sur la paix, met en péril les fondements de notre jeune Nation. Dans ce contexte d'instabilité sécuritaire grave, l'Armée, et plus généralement les Forces de défense et de sécurité, ont un rôle vital à jouer afin d'éviter l'érosion de la cohésion nationale.

Aussi, à l'occasion de cette fête nationale du 20 mai 2021 si particulière, les militaires et les autres membres des Forces de Défense et de Sécurité qui mettent en péril leurs vies pour défendre notre bel héritage commun méritent-ils, plus que par le passé, toute l'attention de la Nation.

En raison des dysfonctionnements historiques entretenus et du dévoiement organisé de l'institution militaire et des services de sécurité dans notre pays depuis son accession à l'indépendance, certains militaires et membres des services de sécurité pensent être au service d'un régime. Ce détournement politique organisé de l'institution militaire et des services de sécurité de leur objet essentiel a fini par installer l'idée fausse selon laquelle, les membres des Forces de défense et de sécurité doivent loyauté et fidélité à une personne, plutôt qu'à la Constitution, aux Institutions de la République et à la Nation dont ils sont l'émanation.

Dans mon programme électoral lors de la campagne présidentielle d'octobre 2018, j'avais esquissé quelques grands axes pour la réforme, la modernisation et la professionnalisation de notre Armée.

Ces axes reposent sur la définition d'une Politique de Défense et de Sécurité Nationale, modulable en fonction des défis nationaux et internationaux ainsi que des enjeux géopolitiques et géostratégiques du pays. La Politique de Défense et de Sécurité Nationale est le cadre où doivent être fixées les orientations stratégiques des actions militaires, civilo-militaires, économiques et particulièrement industrielles de la Nation.

En vérité, depuis la création de notre armée en novembre 1959, suivie de l'indépendance du Cameroun oriental 1er janvier 1960 et de la Réunification avec le Cameroun occidental le 1er octobre 1961, ce cadre n'a jamais été clairement défini. Les difficultés structurelles qui touchent les points vitaux de notre Nation ne sont que les conséquences directes de ce déficit organisé de débat citoyen et démocratique fondamental.

C'est dans ce contexte que, malgré les évolutions tant au niveau national qu'international, le gouvernement s'accommode encore de la loi de 1967, pourtant caduque, portant organisation générale de la défense.

Les vingt et un décrets relatifs à la modernisation et à la professionnalisation de l'armée, pris par le Président de la République, Chef des Armées en 2001, qui constituent une curiosité juridique, n'y changent rien.

Notre politique de défense et de sécurité doit s’inscrire, à l’intérieur, dans une double logique; d’une part celle du dépassement des clivages et des replis identitaires sous toutes leurs formes. D’autre part celle de l’enracinement durable de la paix et de la culture démocratique dans la Nation toute entière. Ce doit être l’objectif majeur de construction nationale.

Une Politique de Défense et de Sécurité qui ne place pas l'Homme au cœur de ses préoccupations a peu de chance d'atteindre les objectifs stratégiques et opérationnels qu’elle poursuit. C’est pourquoi la condition militaire doit faire l’objet de toutes les attentions. Dans cette perspective, l'adoption d'une loi sur les pupilles de la Nation est, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, un impératif et une urgence. Car, est-il normal que les enfants orphelins mineurs des hommes et des femmes morts pour notre nation continuent d'être abandonnés à leur triste sort? Il est urgent que l'État prenne en charge la scolarité et les frais de santé des enfants mineurs dont les parents ont perdu la vie sous le drapeau.

Dans le même ordre d’idées, il est insoutenable de voir des blessés de guerre abandonnés dans les hôpitaux ou réclamer leurs maigres primes, parfois même devant les caméras en présence de leur Ministre.

Il y a eu çà et là des erreurs, et même des fautes graves sur les règles d’engagement des forces opérationnelles; nous devons les corriger, les prévenir et infliger les justes sanctions quand elles s’imposent. Mais pour avoir eu l’honneur et le privilège de travailler avec certaines de ses composantes sur des dossiers vitaux pour notre pays, je sais et ai toujours dit, que l’Armée camerounaise est l’une des mieux formées et des plus professionnelles de notre continent. J’en  éprouve une fierté particulière.

Dans le Cameroun de demain, nous placerons la justice, l'Etat de droit, la bonne gouvernance, le respect de la dignité humaine, l’honneur de nos soldats et la démocratie au cœur de notre action politique. Ce Cameroun-là, nous le construisons dès à présent sur les souffrances de tous les prisonniers politiques, ceux de mon parti, ceux d’autres partis, des journalistes, des leaders d’opinion et de la société civile...arrêtés illégalement et emprisonnés arbitrairement depuis des mois!

J’ai à cœur de doter notre pays de capacités stratégiques, opérationnelles et humaines susceptibles de lui permettre de faire face à ses nombreux défis sécuritaires. Cependant, le cap de la mutation profonde ainsi fixé à notre système de défense et de sécurité a pour précondition la confiance de la Nation en son Armée et en ses services de sécurité.

Cette confiance indispensable reste à construire, tant il apparaît encore à beaucoup de nos compatriotes que les institutions militaires et sécuritaires restent un instrument quasi privé de répression politique aux mains de celui qui contrôle le pouvoir et de son parti politique.

C'est dans le sillage de cette confiance à bâtir avec la Nation, et qui se nourrira de votre compétence morale que je vous invite Soldats, Sous-Officiers, Officiers, Officiers Généraux, personnels civils de la défense, membres des Forces de Sécurité, à ne pas vous sentir menacés par l'alternance démocratique devenue inéluctable dans notre pays.

Sous le nouveau pouvoir que les Camerounais porteront à la tête du pays de façon libre, à travers des élections justes et transparentes, il n'y aura aucune rancœur ni aucune chasse aux sorcières; car l’histoire nous enseigne que les nations se bâtissent avec des tâtonnements et des erreurs, et que les désirs de revanche sont les terreaux de la haine et des vengeances recommencées.

Ce nouveau pouvoir qu’une majorité écrasante de Camerounais appelle de tous ses vœux sera la conséquence logique du dialogue inclusif par lequel nous trouverons ensemble, en tant qu’enfants d’un même pays, une solution pacifique durable au conflit armé dans les Régions du Nord-Ouest du Sud-Ouest et l’émanation du libre choix des Camerounais sur la base d’une réforme consensuelle du système électoral.

C'est avec vous, dans toute votre diversité, que je souhaite jeter les jalons du nouveau système de défense et de sécurité du Cameroun démocratique, moderne et ambitieux.

Ne vous laissez pas effrayer. Ayez foi en notre volonté commune de travailler pour assurer à nos enfants, nos petits-enfants, et aux générations qui suivront un avenir meilleur.

Soldats, Sous-Officiers, Officiers, Officiers Généraux, Mesdames, Messieurs du personnel civil des Forces de Défense, membres des Forces de Sécurité, vous pouvez me croire: je serai toujours à vos côtés pour défendre le Cameroun. C’est le serment d’un patriote.

Vive la Nation camerounaise!

Pr. Maurice KAMTO
Yaoundé le 20 mai 2021