Langue

Message de Maurice KAMTO aux Migrants Camerounais à Athènes, Lesbos et Rome, à l'occasion de la Journée Mondiale des Migrants

Chers frères et sœurs,

Mes chers compatriotes,

Je viens tout droit du Cameroun, à l'occasion de la journée mondiale des Réfugiés que l'on commémore aujourd'hui, 20 juin, alors que dans notre pays on semble  ignorer votre existence. Qui parle de votre présence massive ici dans les îles grecques et en d'autres lieux de ce pays, en Europe, en Afrique du Nord, au Nigeria, où un conflit fratricide a contraint nombre de nos compatriotes anglophones à trouver refuge ?

Vous êtes des ombres invisibles aux yeux de ceux qui ont en charge la conduite des affaires de notre pays. Mais, moi je vous vois. Et ma révolte est chaque jour plus grande quand je réalise que vous semblez ne pas exister à leurs yeux. Le spectacle des jeunes venant de notre continent, vendus au marché des esclaves dans un pays d'Afrique du Nord, m'a profondément meurtri. On ne peut pas tourner aussi rapidement la page, après le choc du moment provoqué par ce désastre qui a bouleversé la conscience de nombreuses personnes dans le monde. La déshumanisation  des Africains, je veux dire des Noirs, ne peut être un spectacle répétitif que nous imposeront encore et encore les autres êtres humains le long de l'histoire, et dont nous, Africains, nous les Noirs, pouvons nous accommoder.

Je ne suis pas venu vous voir parce que j'espère avoir votre vote aux élections qui auront lieu bientôt dans notre pays, puisque je sais que dans la situation où vous vous trouvez aujourd'hui, vous ne pourrez pas voter. Je suis venu parce que vous êtes chers à mon cœur. Vos vies, votre santé, votre avenir ont de l'importance pour moi.

Je suis venu le cœur lourd de peine, conscient des souffrances que vous avez endurées pour arriver ici. Vous êtes blessés dans votre chair, meurtris au plus profond de votre âme. Et je me demande: Qu'avons-nous fait en Afrique, au Cameroun en particulier, pour que nos enfants préfèrent prendre tous les risques, y compris celui d'être réduis à l'esclavage ou de mourir dans le désert ou en mer pour fuir leur pays? Que nous est-il arrivé pour que nous restions insensibles à la détresse de nos enfants qui ont perdu tout espoir dans l'avenir de leurs pays?

Je sais que vous ne vous êtes pas jetés sur les chemins de l'immigration par facilité, comme d'aucuns ont pu le dire, ni par fantaisie. On ne quitte pas ceux qui vous sont chers, parents, femmes, maris, enfants, amis par caprice; on ne risque pas sa vie sur des chemins inconnus par simple goût de l'aventure. On se lance dans l'immigration parce qu'on aspire à une vie meilleure pour soi et pour ceux qu'on aime et qu'on laisse derrière soi. C'est une décision difficile, grave, coûteuse. C'est aussi parfois une décision fondée sur une mauvaise information qui vous conduit dans une impasse, où vous vous trouvez piégé sans savoir comment en sortir. Et l'espoir d'une vie meilleure se transforme en un drame, voire en une véritable tragédie.

Je suis venu vous dire que l'avenir du monde est en Afrique, dans votre continent, sur la terre de nos aïeux. Et si l'avenir est chez nous, pourquoi allons-nous le chercher ailleurs? C'est parce je crois en l'Afrique qu'aussitôt mes études terminées, j'y suis retourné au Cameroun. C'était pourtant à une époque où il était facile de s'installer en Europe, d'y trouver un bon emploi, voire d'y fonder une famille. Mais, j'ai préféré rentrer au Cameroun pour apporter ma contribution à la construction de notre pays. Ce n'était pas non plus une décision facile, croyez-moi. Et j'ai apporté ma modeste contribution à l'édification de notre pays, avec dévouement et abnégation. Je sais que les conditions sont devenues plus difficiles pour se faire une place au soleil dans notre pays. Mais, quelles que soient les difficultés, vous aurez toujours plus d'opportunités, de respect et de considération dans votre pays qu'ici en Europe, où la plupart des personnes vous regardent comme des hordes de barbares d'envahisseurs, parce que vous n'avez pas la même couleur qu'eux, parce que vous n'avez pas la même culture qu'eux, parfois parce que vous ne parlez pas leur langue. Je vous le dis: l'avenir est prometteur sur notre continent et dans notre pays. Si je me suis engagé en politique, c'est parce que je suis convaincu qu'en nous mettant ensemble, en travaillant dur, avec honnêteté et au seul service de notre peuple, un autre avenir est possible. C'est pourquoi je vous promets que si le peuple camerounais me fait l'honneur de me confier la responsabilité première à la tête du pays lors des élections du mois d'octobre prochain, je viendrai vous chercher pour que nous rentrions construire notre pays ensemble. J'en prends l'engagement devant vous. 

Ces pays riches qui nous attirent tant aujourd'hui ont été construits par des femmes et des hommes déterminés, qui ont bravé toutes sortes de difficultés, mais ont gardé confiance en leur capacité à transformer les choses. Ils ont accepté de consentir des sacrifices. Ils se sont battus pour arracher la liberté et la démocratie, ce n'était pas gagné d'avance; ils n'ont pas épargné leur peine pour construire les chemins de fer, les métros, les routes et les autoroutes, pour faire marcher les usines, développer leur agriculture et bâtir les belles villes qui nous attirent tant aujourd'hui. Ma conviction, depuis toujours, est que nous pouvons et devons en faire autant. 

Donc, je vous ramènerai chez nous, à la Maison, si je suis élu prochain président de la République du Cameroun. Je ne vous y ramènerai pas pour vous distribuer de l'argent, que je n'ai pas. Je vous ramènerai pour que nous partagions ensemble le peu qu'il y a. S'il y a un doigt de banane, un bâton de manioc ou un bol de riz, on le partagera. Car, comme vous le savez, chez nous en Afrique, quand il y en a pour un il y en a pour tous. Je vous ramènerai à la Maison, chez nous, pour qu'on ne vous insulte plus, qu'on ne vous crache plus dessus, parce que vous êtes des Noirs. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que plus aucun Camerounais n'aille mourir de désespoir dans le désert, en Méditerranée ou dans d'autres mers du monde, parce qu'il veut "se chercher ailleurs", comme on dit chez nous. Je travaillerai sans relâche pour que nous créions ensemble les conditions permettant aux jeunes qui "se cherchent" de se trouver chez nous, dans ce Cameroun que Dieu a béni de façon exceptionnelle. 

Je souffre de savoir que certains vous traitent moins bien qu'ils ne traitent leurs animaux domestiques; qu'ils vous méprisent comme si étiez des bêtes sauvages en divagation; des êtres sans pays et sans personne qui se préoccupe de votre sort. Je ne peux pas dormir en paix en sachant que vous êtes parqués ici, comme si vous étiez des bêtes en cage, sans perspective. Je ne peux pas rester tranquille en sachant que mes compatriotes, fils et filles d'un pays aussi doté en ressources que la Cameroun, sont l'objet d'un spectacle de désolation et d'humiliation à la face du monde. 

Il est incontestable que le type de gouvernance mis en place dans certains de nos pays n'offre pas à nos jeunes et moins jeunes d'autres perspectives que le chemin périlleux de l'aventure migratoire illégale. En cela, nos pays portent leur part de responsabilité dans le désastre. Mais, qu'il me soit permis de redire ce que nous savons tous: le pillage effréné des ressources du continent africain et la mise en coupe réglée de son économie par les puissances étatiques ou entrepreneuriales étrangères sont la cause principale de la tragédie migratoire de masse à laquelle nous assistons presque quotidiennement depuis quelques années. L'Europe doit se rendre compte que plus ce pillage se poursuivra derrière une volonté feinte de contribuer au développement de l'Afrique, plus elle sera confrontée aux flux migratoires massifs et incontrôlables en provenance de notre continent. Il est temps d'articuler à la responsabilité de protéger la responsabilité de développer, et de faire de l'espace qui s'étend de l'Afrique à l'Europe, un espace de solidarité authentique entre les peuples et les nations, dans une commune volonté de faire émerger entre les deux continents le sens d'un bien afro-européen. 

Mes chers amis, la négation de votre humanité est la déchéance de toute l'humanité. Ceux qui vous blessent par leurs regards obliques, leurs paroles vénéneuses, voire la violence physique ruinent la trace d'humanité qu'il y a en eux. Ils croient pouvoir se calfeutrer derrière d'improbables murailles. Ils oublient très vite que c'est en Afrique que leurs grands parents ont cherché et  trouvé une terre d'accueil et de survie après le désastre de la première guerre mondiale, lorsque l'Europe était ravagée par la famine et les maladies. Ils découvriront dans les décennies à venir qu'ils ne pourront pas trouver ailleurs qu'en Afrique une chance de se procurer un emploi, de gagner décemment leur vie.

Je remercie les âmes généreuses, de ce côté de la Méditerranée, sur cette terre d'Europe à l'histoire si mêlée à celle de l'Afrique souvent pour le pire, qui vous ont arrachés des griffes de la mer; j'y associe les personnes qui œuvrent sans relâche, dans l'abnégation et avec humanisme, pour votre survie et vous aident à garder un peu de dignité.

L'histoire de l'humanité n'est pas figée. C'est à nous, Africains, de faire en sorte qu'après l'Asie, la roue du progrès qui tourne dans le monde passe par l'Afrique, et fasse de notre continent le nouveau pôle du développement économique de notre planète. 

C'est fort de cette conviction que je suis venu rallumer en vous la flamme de l'espoir. Tenez bon ! Un jour nouveau se lèvera sur le Cameroun en octobre prochain, si Dieu le veut. Alors, je puis vous dire, mes chers amis: Jamais la République nouvelle qui s'annonce dans notre pays ne vous abandonnera. 
Que Dieu vous garde !

Maurice KAMTO,
Président National du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun – MRC
Candidat à l’élection Présidentielle
Camp des réfugiés de Mira sur l'île Grecque de LESVOS, le 21 juin 2018.